La vente à réméré, que le Code civil appelle vente avec faculté de rachat, permet à un propriétaire de vendre son bien en se réservant le droit de le racheter dans un délai de cinq ans au plus. Elle procure des liquidités rapidement, souvent à des propriétaires que les banques ne financent plus. Mais c’est une vraie vente : sans rachat dans le délai, le bien est perdu. J’en ai parlé en 2024 comme d’une solution de financement ; avec le recul, je la présente plutôt comme un outil de dernier recours, coûteux, à n’envisager qu’après avoir écarté les autres pistes.
L’essentiel
- La vente à réméré est une vente avec faculté de rachat au profit du vendeur, régie par les articles 1659 à 1673 du Code civil.
- Le délai de rachat est de cinq ans au maximum, et le juge ne peut pas le prolonger. Passé ce délai, l’acquéreur reste propriétaire définitivement.
- Pour racheter, le vendeur rembourse le prix, les frais de la vente et certaines réparations ; il ne récupère le bien qu’après avoir tout payé.
- Sur une résidence principale, une vente à réméré qui cache un crédit usuraire peut être annulée comme pacte commissoire prohibé.
- Avant de signer, comparez avec la vente classique, le refinancement et le dossier de surendettement, qui est gratuit.
Cet article a une vocation informative. Il ne remplace pas le conseil d’un notaire ou d’un avocat sur votre situation. Article à jour de la législation au 30 septembre 2026.
Qu’est-ce qu’une vente à réméré ?
La vente à réméré est une vente immobilière assortie d’une clause de rachat au profit du vendeur. L’article 1659 du Code civil la définit comme « un pacte par lequel le vendeur se réserve de reprendre la chose vendue, moyennant la restitution du prix principal et le remboursement dont il est parlé à l’article 1673 ».
Point essentiel : le vendeur cesse d’être propriétaire dès la vente. La Cour de cassation l’a rappelé en 2023 (Cass. 3e civ., 8 juin 2023, n° 22-17.992). Le vendeur « ne retrouve la propriété de son bien […] que par l’effet de l’exercice régulier de son droit personnel de rachat qui entraîne la résolution de la vente ».
Une vente à réméré se déroule en trois temps : la vente chez le notaire, une période d’occupation pendant laquelle le vendeur prépare son rachat, puis le rachat ou la perte définitive du bien.
La vente et le prix de rachat
L’acte de vente fixe le prix payé par l’acquéreur et les conditions du rachat. Le Code civil impose un minimum au prix de rachat. Selon l’article 1673, le vendeur doit rembourser « non seulement le prix principal, mais encore les frais et loyaux coûts de la vente, les réparations nécessaires, et celles qui ont augmenté la valeur du fonds, jusqu’à concurrence de cette augmentation ». Faites préciser dans l’acte ce que recouvrent ces frais et loyaux coûts, et leur montant.
Dans les dossiers que j’ai vus passer, le prix de rachat stipulé dépasse souvent ce minimum légal : c’est la rémunération de l’acquéreur, qui immobilise ses fonds. Le prix de vente, lui, est généralement inférieur à la valeur du bien, car l’acquéreur ne sait pas s’il gardera le bien. C’est ce double écart qu’il faut chiffrer avant de signer.
L’occupation du bien pendant la période de rachat
Dans les montages que je rencontre, le vendeur reste le plus souvent dans les lieux. Il n’est plus propriétaire : il occupe le bien en vertu d’une convention avec l’acquéreur, contre une indemnité d’occupation ou un loyer. Les articles 1659 à 1673 ne fixent pas ce montant, qui résulte du contrat.
Le délai : cinq ans au maximum, sans prolongation
La durée de la faculté de rachat est librement fixée dans l’acte, dans une limite stricte. L’article 1660 du Code civil prévoit qu’elle « ne peut être stipulée pour un terme excédant cinq années » ; si un terme plus long est prévu, il est réduit à cinq ans.
Ce délai est un couperet :
- « Le terme fixé est de rigueur et ne peut être prolongé par le juge » (article 1661).
- Faute de rachat dans le délai, « l’acquéreur demeure propriétaire irrévocable » (article 1662).
- Le délai court contre toutes personnes, « même contre le mineur » (article 1663).
Exercer le rachat
Le vendeur doit tout payer avant de reprendre le bien : selon l’article 1673, il « ne peut entrer en possession qu’après avoir satisfait à toutes ces obligations ». En contrepartie, il reprend son bien exempt des charges et hypothèques que l’acquéreur aurait consenties entre-temps, à condition que le pacte de rachat ait été publié au fichier immobilier avant elles. Il doit en revanche respecter les baux conclus sans fraude par l’acquéreur.
La faculté de rachat suit le bien : le vendeur peut l’exercer contre un second acquéreur, même si le second contrat ne la mentionne pas (article 1664). En cas de litige sur le rachat, n’attendez pas : l’action du vendeur fondée sur sa faculté de rachat est une action personnelle, soumise à la prescription de cinq ans de l’article 2224 du Code civil (Cass. 3e civ., 8 juin 2023).
| Étape |
Ce que prévoit la loi |
Point de vigilance |
| Signature de la vente |
Transfert de propriété à l’acquéreur ; faculté de rachat stipulée dans l’acte (art. 1659) |
Écart entre le prix de vente et la valeur réelle du bien |
| Période de rachat |
Cinq ans au maximum, sans prolongation judiciaire (art. 1660 et 1661) |
Montant de l’indemnité d’occupation, capacité à la payer chaque mois |
| Rachat |
Remboursement du prix, des frais et loyaux coûts et de certaines réparations avant toute reprise de possession (art. 1673) |
Financement du rachat à trouver bien avant l’échéance |
| Absence de rachat |
L’acquéreur devient propriétaire irrévocable (art. 1662) |
Perte définitive du bien, sans restitution de l’écart de valeur |
Les risques d’une vente à réméré pour le vendeur
Le principal risque d’une vente à réméré est de perdre définitivement son bien pour un prix inférieur à sa valeur : si le rachat échoue, l’acquéreur garde le bien et l’écart de prix.
Un rachat qui suppose de retrouver un financement
Pour racheter, il faut réunir le prix de rachat complet avant toute reprise, donc en pratique obtenir un nouveau crédit ou vendre un autre actif. Or le vendeur à réméré est souvent quelqu’un à qui la banque a déjà refusé un prêt.
Mon observation de terrain est constante : le plan de rachat doit être crédible dès la signature. Retour à meilleure fortune documenté, vente d’un autre bien déjà engagée, succession en cours de règlement : sans cela, la vente à réméré ne fait que retarder une perte.
Un coût global élevé
Le coût se mesure en additionnant trois éléments : la décote sur le prix de vente, les indemnités d’occupation versées pendant toute la période, et la différence entre le prix de rachat et le prix de vente. Je ne donne pas de pourcentages « moyens » : je n’ai trouvé aucune statistique publique fiable qui les mesure, et chaque dossier est différent.
Un exemple jugé montre en revanche jusqu’où cela peut aller. Dans l’affaire tranchée par la Cour de cassation le 24 juin 2021, la cour d’appel avait relevé un coût implicite correspondant à « un taux d’intérêt sur deux ans de l’ordre de 13,5 % ». L’arrêt reproduit ce constat (Cass. 3e civ., 24 juin 2021, n° 18-19.771).
La lésion : un recours étroit et bref
Si le prix de vente est très bas, le vendeur peut demander la rescision pour lésion. Encore faut-il qu’il ait été « lésé de plus de sept douzièmes dans le prix d’un immeuble » (article 1674 du Code civil), c’est-à-dire que le prix soit inférieur aux cinq douzièmes de la valeur.
Surtout, la demande doit être formée dans les deux ans de la vente. Ce délai « n’est pas suspendu pendant la durée du temps stipulé pour le pacte du rachat » (article 1676). Si le délai de rachat dépasse deux ans, attendre son terme pour contester le prix, c’est agir trop tard.
Quand la vente à réméré devient un prêt déguisé
Une vente à réméré peut être annulée lorsqu’elle sert en réalité à masquer un prêt garanti par le logement du vendeur. C’est le risque juridique majeur de l’opération, pour l’acquéreur comme pour le vendeur.
Pacte commissoire et usure : les deux règles en cause
Le pacte commissoire est la clause par laquelle un prêteur prévoit qu’il deviendra propriétaire de l’immeuble hypothéqué si l’emprunteur ne paie pas. Mais l’article 2452 du Code civil, en vigueur depuis le 1er janvier 2022, précise que « cette clause est sans effet sur l’immeuble qui constitue la résidence principale du débiteur ». Cette règle figurait auparavant, dans les mêmes termes, à l’article 2459, visé par les décisions antérieures à la réforme des sûretés.
Par ailleurs, un prêt ne peut pas dépasser le taux de l’usure : l’article L. 314-6 du Code de la consommation qualifie d’usuraire tout prêt dont le taux effectif global excède « de plus du tiers, le taux effectif moyen pratiqué au cours du trimestre précédent par les établissements de crédit ».
Ce que juge la Cour de cassation
En 2021, la Cour de cassation a approuvé une cour d’appel (Cass. 3e civ., 24 juin 2021, n° 18-19.771, arrêt non publié au Bulletin). Celle-ci avait énoncé que « la vente à réméré peut constituer un pacte commissoire prohibé lorsque, portant sur la résidence principale du vendeur, elle dissimule une opération de crédit » et a pour objet d’éluder les règles protégeant les emprunteurs contre l’usure.
Dans cette affaire, la cour d’appel de Lyon avait prononcé la nullité de la vente, et le pourvoi de la société acquéreuse a été rejeté. La cour d’appel avait comparé le coût implicite de l’opération au seuil de l’usure applicable en 2011 aux prêts immobiliers consentis à des particuliers, qui était de 5,97 %. Elle avait aussi retenu, avec l’aval de la Cour de cassation, que l’acquéreur percevait des indemnités de jouissance représentant près de 9 % du prix d’achat par an.
La requalification n’est pas automatique pour autant. En 2014, la Cour a approuvé une cour d’appel qui avait refusé de requalifier une opération. Les juges avaient notamment relevé que le prêt associé était sans intérêt, et qu’il n’était prouvé ni que le prix de rachat était éloigné des valeurs du marché, ni que l’opération prévoyait le maintien du vendeur dans les lieux. Elle a retenu que la requalification « ne pouvait se déduire de la seule concomitance entre un acte de prêt et un acte de vente » (Cass. 3e civ., 21 mai 2014, n° 12-23.607, publié au Bulletin).
| Indice examiné par les juges |
Arrêt de 2021 (vente annulée) |
Arrêt de 2014 (vente maintenue) |
| Prix de vente et prix de rachat |
Vente à 380 000 € en 2011, pour une valeur estimée en 2013 entre 850 000 et 880 000 € ; rachat à 493 696 € |
Prix de rachat non démontré comme éloigné des valeurs du marché |
| Coût implicite |
Environ 13,5 % sur deux ans, pour un seuil d’usure de 5,97 % |
Majoration non usuraire, correspondant à une avance de fonds sur dix-huit mois |
| Maintien du vendeur dans les lieux |
Oui, contre un loyer de 2 938,66 € par mois (indemnités de jouissance de près de 9 % du prix d’achat par an) |
Non prouvé |
Pour l’acquéreur, la leçon est symétrique : une opération mal calibrée sur une résidence principale peut être annulée des années après. Une vente à réméré « sécurisée » suppose un prix de vente cohérent et un rachat qui ne ressemble pas à un crédit hors de prix.
Fiscalité de la vente à réméré
La fiscalité de la vente à réméré est favorable au rachat, mais la vente initiale reste une cession.
- Au rachat. Le rachat échappe aux droits de mutation proportionnels. Selon le BOFiP, le retrait fait exception à la règle qui soumet à l’impôt de mutation la résolution volontaire d’un contrat emportant mutation. « L’acte constatant le rachat est passible de la taxe de publicité foncière au taux fixe prévu à l’article 680 du CGI » (BOI-ENR-DMTOI-10-10-30-40), soit 125 euros (article 680 du CGI). Conditions : faculté stipulée dans l’acte de vente lui-même ; rachat exercé dans le délai par le vendeur ou son ayant cause à titre universel, pas par un tiers cessionnaire ; acte de rachat authentique ou ayant date certaine avant l’échéance.
- La plus-value à la vente. Si le bien est la résidence principale du vendeur au jour de la vente, la plus-value est exonérée (BOI-RFPI-PVI-10-40-10). Pour une résidence secondaire ou un bien locatif, elle est en principe imposable, sauf autre cas d’exonération prévu par l’article 150 U du CGI (BOI-RFPI-PVI-10). Je n’ai pas trouvé de texte réglant, pour un particulier, le sort de cet impôt en cas de rachat : faites valider ce point par le notaire avant de signer.
Les alternatives à étudier avant de signer
Avant une vente à réméré, comparez au moins trois options : la vente classique, le refinancement bancaire et le dossier de surendettement.
- La vente classique. Si le vendeur ne croit pas lui-même à son rachat, c’est souvent la solution la plus rationnelle. Elle suppose une estimation sérieuse qui évite de brader, puis un compromis signé en connaissant les règles pour se rétracter d’un compromis de vente.
- Le refinancement bancaire. Prêt hypothécaire ou rachat de crédits, s’il est encore accessible : le vendeur reste propriétaire et le taux est plafonné par l’usure.
- Le dossier de surendettement. Il se dépose gratuitement (service-public.fr). Il « ne peut pas être refusé au motif que vous êtes propriétaire de votre résidence principale, même si sa valeur permettrait d’éponger tout ou partie de vos dettes » (service-public.fr). Le débiteur peut aussi demander le report de l’adjudication de sa résidence principale si sa vente forcée a été ordonnée.
| Option |
Reste propriétaire ? |
Encadrement du coût |
Risque principal |
| Vente à réméré |
Non, jusqu’au rachat éventuel |
Contractuel ; contrôle a posteriori par le juge (usure, lésion, pacte commissoire) |
Perte définitive du bien à un prix décoté |
| Vente classique |
Non |
Prix de marché |
Départ du logement, mais valeur intégralement perçue |
| Refinancement bancaire |
Oui |
Taux de l’usure (art. L. 314-6 C. consom.) |
Refus de la banque si la situation est trop dégradée |
| Dossier de surendettement |
Oui, sauf mesures décidées au cours de la procédure |
Dépôt gratuit ; solutions proposées par la commission |
Mesures imposées, voire rétablissement personnel avec liquidation judiciaire |
Si un enfant peut apporter les fonds, vendre ou donner la nue-propriété à un héritier est une autre piste, aux règles fiscales propres, à examiner avec le notaire.
Ce que je vérifie avant qu’un propriétaire signe une vente à réméré
Quand un propriétaire me consulte sur une vente à réméré, je reprends avec lui et son notaire cinq points :
- La valeur réelle du bien, estimée de façon indépendante pour mesurer la décote acceptée (voir comment comparer plusieurs estimations immobilières).
- Le coût total sur toute la durée, en additionnant décote, indemnités d’occupation et prix de rachat, puis en le ramenant à un taux annuel à comparer au seuil de l’usure.
- Le plan de rachat, avec ses sources de financement et son calendrier, testé dans un scénario défavorable.
- La rédaction de l’acte : durée, prix et modalités du rachat, publication au fichier immobilier, sort de l’occupation en cas d’impayé.
- Les alternatives : si l’une d’elles atteint le même but à moindre coût, la vente à réméré n’a plus lieu d’être.
Questions fréquentes
Quelle est la durée maximale d’une vente à réméré ?
Cinq ans : l’article 1660 du Code civil réduit à cinq ans tout délai plus long, et le juge ne peut pas prolonger le délai fixé (article 1661).
Que se passe-t-il si je ne rachète pas mon bien à temps ?
L’acquéreur devient propriétaire irrévocable (article 1662 du Code civil) et conserve l’écart entre le prix de vente et la valeur du bien. Les recours sont étroits : la rescision pour lésion, par exemple, doit être engagée dans les deux ans de la vente.
Une vente à réméré peut-elle être annulée ?
Oui, notamment lorsqu’elle porte sur la résidence principale du vendeur et dissimule un prêt à un taux usuraire : les juges peuvent alors la requalifier en pacte commissoire prohibé. La seule existence d’un prêt signé en même temps que la vente ne suffit pas.
Se faire accompagner avant une vente à réméré
Une vente à réméré se décide souvent sous pression. La bonne question n’est pas « combien puis-je obtenir tout de suite ? » mais « suis-je certain de pouvoir racheter, et à quel coût total ? ». Chez Sellier Patrimoine, nous aidons les propriétaires à estimer leur bien, à chiffrer le coût complet de l’opération et à la comparer aux autres options, en lien avec leur notaire. Présentez-nous votre situation via notre page conseil juridique ou contactez-nous avant de signer.
Denis Sellier est le fondateur de Sellier Patrimoine, agence immobilière à Paris. Il accompagne vendeurs, acquéreurs et investisseurs dans l’estimation des biens et les ventes à enjeux juridiques.